Bismillah Ar-Rahman Ar-Rahîm
Al-Boukhâri a consacré un chapitre à parler de cette substance, des médicaments desquelles elle fait partie, et à disserte sur ces paroles divines:
"...Il sort du ventre des abeilles un liquide potable, dont la nuance varie, et dont la vertu guérit les hommes." [Sourate 16, Verset 69]
Comme preuve de cette dernière vérité, Abou-Saïd rapporte l'anecdote suivante: "Un individu se présenta un jour au Prophète et lui dit: "Mon frère a le ventre relâché" -"Fais boire du miel à ton frère", répondit le Prophète. L'individu partit; il revint plus tard trouver le Prophète, et lui dit: "'ai donné du miel à mon frère, mais cela n'a servi à rien". Il revint encore deux autres fois; à la troisième ou à la quatrième consultation, le Prophète répondit à l'individu: "Allah a dit vrai, et le ventre de ton frère a menti". Le consultant donna encore du miel à son frère et la guérison s'en suivit."
Par ces paroles "Le ventre de ton frère a menti", c'est à dire, les digestions sont dérangées et l'estomac est malade, le Prophète a voulu faire sentir qu'il ne suffit pas de prendre du miel une fois, ni deux fois. D'autre part, le malade dont il s'agissait était dévoyé par suite d'embarras intestinal; le Prophète ordonna le miel, et le miel a la propriété d'expulser les résidus excrémentiels amassés dans les voies gastro-intestinales. On explique aussi le fait du dévoiement par l'influence d'une humidité qui trouble les intestins, lesquels alors ne peuvent retenir les fèces qu'ils contiennent. Cet état de maladie est le glissage intestinal, ou flux intestinal, ou dysentrie (zalak-el-ama'). Or, le miel dissipe les humidités. Pris par la voie buccale, il produit cet effet, entraîne ces humidités, et la guérison arrive. Par une conséquence naturelle des effets spéciaux qu'il opère, le miel augmente les évacuations à la première fois et à la seconde fois qu'on le prend. Du reste, ce traitement est des plus avantageux, et le miel constitue une médication favorable, surtout lorsqu'il est mêlé à de l'eau chaude.
Sur ces différents points, les médecins sont unanimes; partant, ils conseillent le miel toutes les fois que l'état de l'individu exige un agent évacuant. Quand à l'espèce de dévoiement dont nous venons de parler, nombre de médecins s'abusent à l'endroit du traitement. Ils s'imaginent, dans leur ignorance, que la maladie réclame une médication qui arrête les évacuations; mais alors tout médicament astrigent administré au malade, aggrave le mal, et cela jusqu'à ce qu'Allah fasse trouver au patient un médecin clairvoyant qui sache guérir la maladie.
Il résulte de ce que nous venons d'exposer, une preuve évidente que le Prophète avait un sens médical de toutes les maladies, de leur thérapeutique, des applications médicamenteuses qui leur conviennent. Qu'Allah répande Ses bénédictions et ses faveurs sur le Saint Prophète et sur toute sa famille!
D'après le Qâdi Ayâd, ces paroles "Allah a dit vrai, et le ventre de ton frère a menti" sont la justification et la confirmation de ces mots divins du Coran:
"(Le miel) dont la vertu guérit les hommes".
Abou Hourayrah cite le hadith que voici:
"Quiconque prends du miel trois fois et à trois intervalles, dans un mois, n'éprouve pendant cette durée de temps aucune indisposition sérieuse".
Le Prophète a dit: "Prenez comme moyen de bien-être et de santé le miel et le Coran".
Djâber rapporte ceci:
"J'ai entendu de la bouche du Prophète ces paroles :
« Si vous avez quelque chose de bien, d’avantageux en matière de médicaments, ce sont certainement les scarifications des ventouses et les boissons au miel ». »
Aïcha répétait : « Le Prophète aimait beaucoup les douceurs ou mets doux et le miel ».
Le meilleur est celui du printemps, puis celui de l’été, puis celui de l’hiver. Les médecins s’accordent en ceci que la meilleure des médications s’obtient du miel, par la raison qu’il débarrasse ou déterge, qu’il fortifie, qu’il est riche d’alimentation, qu’il donne du tonà l’estomac, qu’il relève et anime l’appétit. Il est utile aux vieillards, aux catarrheux et pituiteux ; il est adoucissant. On l’emploie avantageusement après la morsure faite par un chien enragé. Lorsqu’on le boit mêlé à de l’eau chaude, il guérit les individus empoisonnés par des champignons vénéneux. Il conserve la fraîcheur de la viande et la garde en bon état pendant trois mois ; il préserve la fraîcheur des petits concombres ou khyâr, des concombres serpentins (khouthâ, cucumis anguinus) pendant six mois. C’est pour cela qu’on l’a nommé le conservateur fidèle.
Le miel, lorsqu’on se frotte le corps avec, adoucit la peau, tue les insectes pédiculaires. Il assouplit les cheveux, les fait pousser, leur donne de l’éclat et de la beauté. Employé en collyre, il éclaircit la vue ; en dentifrice, il maintient saines les gencives et conserve les dents propres et nettes. Le miel est aliment avec les aliments, boisson avec les boissons, médicament avec les médicaments. C’est une douceur, un produit qui préserve des indispositions subites. Il est désavantageux pour les circonstances de prédominance bilieuse ; mais on prévient alors ses inconvénients par le vinaigre qui en accroît les propriétés bienfaisantes. Pris à jeun, il lave et débarrasse les saburres stomacales, il dissipe les embarras ou gènes hépatiques, les gènes rénales ou vésicales. Des choses que l’homme prend à l’intérieur, nulle dans la création n’est supérieur au miel. Le médecin Abd-el-Latif a dit ceci :
« Dans le plus grand nombre des maladies, le miel est préférable et supérieur au sucre, parce que le miel est apéritif, détersif, dissolvant, parce qu’il favorise les grandes sécrétions et qu’il lave. Les effets produits par le sucre sont de médiocre valeur ; il relâche l’estomac, résultat que n’amène point le miel ». Toutefois, le sucre est supérieur au miel en ceci, savoir : Qu’il est moins doux et moins actif. Des médecins du Maghreb ont traité des qualités du miel et de sa supériorité sur le sucre.
Le Prophète (salallahu alayhi wa salam) buvait, à jeun, un verre d’hydromel ou eau mêlée de miel. Enseignement exemplaire d’hygiène conservatrice ! Du reste, le Prophète (salallahu alayhi wa salam) avait ses pratiques habituelles pour se garder en santé. Ainsi, il buvait de l’eau dans laquelle on avait fait macérer du raisin sec ou des dattes sèches, et aidait, par là, à la nutrition ; il usait de parfums, il faisait des onctions, employait le khôl, voyait ses femmes. Excellent mode de vie ! Excellente et douce existence !
« Recherchez, disait-il, recherchez les deux guérisons, les deux bien-être ».
Par là il indiquait la médecine des hommes et la médecine d’Allah, les agents physiques et les agents moraux, les parfums du corps et les parfums de l’âme, les choses de la terre et les choses du ciel. Conduite admirable ! Il ne se bornait pas uniquement à méditer sur le Coran ; il ne s’abstenait pas de mouvement et d’action, mais il recommandait de faire, autant qu’on le pourrait, ce qu’il lui avait été ordonné de faire ; il vaquait à ce dont il avait besoin : il demandait le pardon d’Allah, le succès de ce qu’il désirait. Ainsi fait le laboureur ; il creuse le sillon dans le sol, puis y dépose la semence, puis adore humblement le Créateur, lui demande d’éloigner du champ les accidents et les contretemps, d’envoyer l’eau abreuver la terre ; et puis, il s’abandonne à la bonté attentive de la Providence, tout en recourant à ce que la prudence humaine peut prévoir, afin d’obtenir le succès et le bien et d’éloigner le revers et le mal. Certains oulémas ou docteurs de la loi ont proclamé que le Prophète (salallahu alayhi wa salam), par ces paroles, « recherchez les deux guérisons », avait voulu indiquer qu’Allah a établi le Coran comme moyen de guérison des doutes et des incertitudes du cœur.
« La Médecine du Prophète (salallahu alayhi wa salam) », Jalâl ad-Dîn as-Siyûtî
Traduction Dr A. Perron

